L’expérience radioactive de Michel Schweizer

À lire dans La rubrique culture du Mag (Sud-Ouest) du 10 février ou à voir à Bordeaux du 14 au 18 février

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Le chorégraphe et metteur en scène bordelais Michel Schweizer multiplie les expériences et interroge notre rapport à la société et à l’altérité. Pour son spectacle « Primitifs », il a fait appel à des architectes.

Michel Schweizer « aime faire des expériences » en allant vers des mondes qu’il ne connaît pas. C’est ce qui le nourrit, l’anime et donne vie à ses spectacles. Une façon de chercher, avec sa compagnie La Coma qu’il a créée en 1995, d’autres manières de rencontrer le public en sortant de la routine production, création et diffusion. Pour ce faire, ce chorégraphe, qui dit « ne pas être intéressé par la danse », fabrique des communautés éphémères, en réunissant des collectifs qui ne sont pas des professionnels du spectacle (boxeur, body-builder, maîtres-chiens…).
Avec « Primitifs », c’est vers des architectes qu’il s’est orienté pour réfléchir à la création d’un monument pérenne destiné à informer les générations futures de l’enfouissement sous terre des déchets nucléaires. Une manière de répondre à cette interrogation : « comment s’accommoder d’une réalité catastrophique qui montre nos insuffisances et continuer à vivre normalement ? »

Legs dangereux
Un questionnement qui a germé dans son esprit en lisant un article sur le travail de chercheurs américains autour de la nature d’un message destiné à avertir les générations à venir d’un legs dangereux. Un sujet qui préoccupe particulièrement ce père de deux filles de 12 et 16 ans qu’il éduque dans le respect de la terre. Pas question pour autant d’être anti ou pro-nucléaire. Il s’insurge juste contre « un exemple emblématique de la stupidité humaine qui consiste à produire avec un haut degré d’intelligence des inventions dont on ne maîtrise pas les conséquences ». Conformément à son habitude d’aller vers « des espaces disciplinaires qui lui parlent du monde », il se tourne donc vers le milieu de l’architecture dont il loue le rapport impliqué au monde et la vision prospective. Curieux de voir comment ils vont se saisir de cette proposition, il passe une commande d’idées rémunérée à trois cabinets susceptibles de relever ce challenge. Michel Jacques, directeur artistique du centre d’architecture bordelais Arc-en-rêve lui suggère de faire appel à Martine Arrivet & Jean-Charles Zébo (Ateliers MAJCZ Architectes) Nicole Concordet (Construire), et Duncan Lewis (Scape Architecture). Tous se prêtent au jeu pour produire un résultat que le metteur en scène utilisera dans la construction d’un spectacle. Une matière première qui subira un « traitement sévère », même s’il entend respecter leur cheminement intellectuel.

Un pied dans l’inconnu

Les architectes devaient se plier à une exigence : accueillir dans leur agence un interprète chargé de découvrir comment ils travaillent, quel est leur quotidien, comment ils cheminent par rapport à cette commande. Chacun apprend alors de l’autre. Une stratégie du metteur en scène « pour impliquer humainement les sujets ». Sur scène dans cette création de 2015 qui a tourné dans la France entière, quatre danseurs et un chanteur, de 20 à 60 ans, assurent le lien entre les deux univers en exprimant tour à tour un point de vue d’architecte, d’artiste ou d’homme. Un dispositif volontairement ambigu qui sème le trouble dans l’esprit du spectateur : on ne sait plus vraiment qui est sur les planches. Et ce d’autant plus qu’une juste dose d’humour et d’ironie vient ponctuer la gravité du propos de respirations légères.

Au TNBA du mardi 14 au samedi 18 février (Durée 1h30) Tél. : 05 56 33 36 80
Pour aller plus loin : Bord de scène : rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du jeudi 16 février 2017.

 

Trois visions d’architectes
Cité des veilleurs, écosystème complet ou protocole de réactivation de la mémoire, Martine Arrivet & Jean-Charles Zébo, Duncan Lewis, et Nicole Concordet ont abordé sous des angles différents ce thème de l’enfouissement des déchets nucléaires. Une problématique à laquelle ils ne sont pas confrontés dans leur quotidien et qui leur a demandé de mener des recherches, voire de rencontrer des experts. « C’est d’ailleurs ce qui rendait cette demande stimulante », note Nicole Concordet, cofondatrice de l’agence Construire. Même si elle avoue ne pas reconnaître dans « Primitifs », tout ce qu’elle a exprimé et « pas forcément comme elle l’a exprimé ». « Nous avons été pour Michel Schweizer une source d’inspiration dont il s’est ensuite libéré. Ce que l’on retient du spectacle, c’est son regard et c’est bien ce qui fait œuvre. » Les trois cabinets présenteront le contenu de leurs propositions chez Mollat lors d’une rencontre animée par Francine Fort, directrice d’Arc-en-Rêve, lundi 13 février 2017 à 18 h, 91, rue de la Porte Dijeaux.
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