Les fils de sa vie

à lire dans Le Mag Sud Ouest du 15 juillet

Les morceaux de tissu effiloché par l’artiste lorsqu’elle était enfant sont devenus une œuvre émouvante qui résonne d’un écho particulier dans la vieille église de Mérignac.

La vieille église de Mérignac accueille jusqu’au 30 juillet prochain l’œuvre d’Azama Effilochée, une artiste d’origine du Zaïre (actuel territoire de la République démocratique du Congo) qui vit dorénavant dans la région bordelaise. Sur les toiles immaculées, des pièces de tissu noir effiloché par l’artiste prennent vie, comme autant de personnages qui s’animent. D’autres plus abstraites sont encadrées de manière à laisser l’ombre jouer avec la lumière. « Chacune est l’expression d’une émotion », confie Azama. Et pour cause, elle a commencé à triturer ses premières étoffes à l’âge de 5 ans, pour se rassurer, s’apaiser, dans un contexte douloureux, sur lequel elle ne souhaite pas revenir, mais que l’on peut aisément imaginer en se remémorant les guerres qui ont frappé son pays d’origine. Depuis lors, elle n’a jamais cessé, dès qu’elle se sent envahie par une émotion forte, — tristesse, joie, colère, — de déchirer cette matière douce d’un côté, rugueuse de l’autre. Toujours la même. Un moyen, convient l’artiste, qui revendique aujourd’hui sa joie de vivre, « de chercher la lumière en ne conservant du tissu que ce qui lui apporte du bonheur, de la légèreté ». Pendant des années, en secret, elle effiloche inlassablement comme un exutoire, puis enferme chaque pièce dans une enveloppe. Sans mesurer la valeur artistique de ce qu’elle produit et sans en compter le nombre. Jusqu’au jour où elle se décide à les rouvrir pour faire face, à travers cette matière chargée de sentiments, à ses souvenirs. Un processus long qui accouche d’une artiste.

Part d’enfance

En 2014, elle se sent prête à montrer cette part d’elle, que tous, y compris son mari et ses trois enfants, ignorent. Elle colle alors ses premières “effilochées” sur des toiles qui seront exposées au Chateau Larose-Trintaudon dans le Médoc. Puis Bernard Magrez l’invite à participer à l’exposition collective « Jamais renoncer », présentée à l’Institut culturel auquel il a donné son nom, en 2016. Un thème qui sied à ravir à celle qui n’a jamais baissé les bras. Pour chaque nouvelle exposition, elle ouvre de nouvelles enveloppes. Pour autant, son expression artistique reste indissociable de son histoire personnelle, ce qui explique peut-être pourquoi elle a une telle résonnance au sein du grand public. Un public avec qui elle prend plaisir à échanger tout en rappelant que  « les pièces exposées ici ont été effilochées par la petite Azama, même si c’est l’adulte qui les montre. » Une adulte, qui accepte désormais de laisser partir cette part d’enfance. À Mérignac, elle revient dans la ville qui l’a accueillie, il y a vingt ans, à son arrivée en France. Une ville où elle s’est mariée et a donné naissance à ses enfants. Une autre forme de catharsis.

Jusqu’au 30 juillet, Vieille Eglise Saint-Vincent, rue de la vieille église à Mérignac (33). Du mardi au dimanche de 14 h à 19 h.Visites commentées gratuites, sur réservation auprès de la direction de la culture au 05 56 18 88 62, tout public : vendredi 7 juillet à 19 h, entendants-malentendants : vendredi 23 juin et 21 juillet à 19 h.

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