Lauzier, un métier de force

On en saura plus sur ce métier dans Le Mag (Sud Ouest) du 9 octobre

Thierry Chapoulie est l’un des rares lauziers en activité en Dordogne. Un métier physique qui ne s’acquiert que par une longue pratique.

Dans quelques jours Thierry Chapoulie va démarrer son nouveau chantier : la restauration du château médiéval de Castelnaud (24) à quelque 85 mètres du sol. Un chantier comme les autres pour l’artisan lauzier, qui passe la plupart de son temps perché sur les toits des monuments historiques, à poser des pierres de calcaire qui pèsent près de 5 kilos chacune. Et le seul moyen de les emboîter correctement les unes dans les autres est de les retailler sur place, selon une technique ancestrale qu’il est l’un des rares à maîtriser encore. Car il n’existe pas d’école pour enseigner ce savoir-faire. Lui-même a appris le métier auprès de son père, qui l’avait appris du sien, maçon lauzier fils d’un scieur de charpente. L’enfant du pays ne s’inquiète plus pour la relève : cela fait un an que son fils Florian, la vingtaine souriante, l’a rejoint dans le but de prendre, plus tard, sa suite.

Bon pied bon œil
©patricia-mariniUn apprentissage d’autant plus long et difficile que « l’essentiel du travail se fait à l’œil et à l’oreille ». C’est en effet à l’œil que le lauzier jauge les pierres pour les ajuster selon leurs formes entre des lattes de châtaignier destinées à les empêcher de glisser, et ce, sans clous ni mortier pour les fixer. Un calage qui demande la plus grande minutie pour prévenir tout risque de fuites. Et c’est à l’oreille qu’il les taille. « La pierre doit chanter : à chaque coup de marteau, elle ne doit pas réfléchir. Plus le bruit est clair, mieux elle supporte les coups », confie-t-il, démonstration à l’appui. Entre ses mains, les blocs ne semblent rien peser et il lui suffit d’un coup sec pour briser net les parties abimées ou gelées. « Pendant les premières années, on ne pose pas plus de deux lauzes dans une journée contre 1 mètre carré pour un artisan aguerri », poursuit-il. Ce qui explique pourquoi peu de particuliers peuvent s’offrir ce type de toitures.»

700 kilos de pierres pour un mètre carré de toit
©patricia-mariniOutre une bonne connaissance des charpentes, — les lattes sont aussi fabriquées dans son atelier —, le métier requiert de la force. Même si aujourd’hui les grues ont remplacé les hommes pour monter les pierres, il n’en demeure pas moins que « chacune est remuée 4 fois et [qu’]il faut compter 700 kilos de pierres pour réaliser un mètre carré de toit ». Il en a fallu près de 700 tonnes pour rénover la toiture du château des jardins suspendus de Marqueyssac, une résidence d’agrément construite à la fin du XVIIIe siècle sur un éperon rocheux qui surplombe la Dordogne. À son actif également les châteaux de Fénelon et de Saint-Geniès. Son activité reste toutefois circonscrite à un périmètre d’une trentaine de kilomètres : si les lauzes sont utilisées dans plusieurs régions françaises, les techniques et les pierres restent propres à chacune. L’artisan a ainsi dû décliner une offre de restauration qui émanait du Puy-du-fou en Vendée. Qu’importe, son carnet de commandes est rempli pour les cinq prochaines années.

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