Et la pantoufle de vair devint réalité

Une start-up du luxe à découvrir dans le Mag (Sud Ouest) du 06 mai

À Nontron, en Dordogne, Sophie Engster et Franck Le Franc ont imaginé un concept inédit, alliant innovation technologique et savoir-faire artisanal,  pour que chacune puisse trouver chaussure à son pied.

©patricia-marini« Avec toutes ses idées, Franck pourrait créer autant d’entreprises. C’est lui qui est à l’origine du concept de Chamberlan », reconnaît Sophie Engster. Franck Le Franc, son associé, a travaillé pendant quinze ans comme gestionnaire de fonds pour des banques privées. Rien à voir, donc, avec le secteur de la chaussure. C’est en voyant  sa femme se plaindre continuellement d’avoir mal aux pieds dans ses nouveaux escarpins, que ce quadragénaire curieux de tout s’interroge : « Pourquoi, à l’ère de l’ultra-personnalisation, n’est-on pas capable de faire des chaussures confortables ? » Il est convaincu qu’il est possible de confectionner des chaussures sur-mesure en alliant technologie moderne et savoir-faire traditionnel, et cherche la réponse du côté des outils numériques utilisés dans le secteur de… l’automobile. Depuis le temps qu’il analyse les stratégies industrielles,  c’est le moment pour lui de créer sa propre société. Il convaincra Sophie Engster, qu’il croise tous les matins à la maternelle où ils amènent leurs fils respectifs, de le suivre dans cette aventure. La jeune femme, responsable marketing chez Dior connaît en effet les arcanes de l’univers du luxe.

Artisans d’art et compagnons du Devoir

En décembre 2014, quelques mois seulement après avoir commencé à en parler, ils quittent leur emploi. Ensemble, pendant plusieurs mois, ils confronteront leur idée avec les réalités du marché en rencontrant des artisans bottiers dont les carnets de commande sont remplis plusieurs années à l’avance, et en arpentant les salons spécialisés. Aux Portes du cuir, un salon qui se déroule à Saint-Junien en Haute-Vienne, ils font connaissance avec les acteurs régionaux de la filière cuir, dont le pôle d’excellence de Thiviers. Ils y rencontreront également Jean Gourinel, un ancien de chez Weston, qui  les accompagnera tout au long de leur installation. Guidés par Périgord Développement (l’Agence de développement économique de la Dordogne), ils finissent par jeter leur dévolu sur un vaste local de la zone artisanale de Nontron.

Le process technique est au point, le matériel acheté ; reste à recruter ces artisans d’art et compagnons du Devoir qui maîtrisent des tours de main oubliés, connaissent le pied et le travail du cuir. Les rejoignent ainsi Fabrice Olivier, qui totalise 35 ans d’expérience comme coupeur, ou Lisa Coronini, originaire d’Orange (Vaucluse), piqueuse formée chez Kélian au métier de prototypiste. Charlotte Clark, embauchée par le biais de la méthode de recrutement par simulation (MRS) proposée par Pôle emploi sera formée sur place. Un formier, un monteur et une autre piqueuse viennent compléter l’équipe périgourdine, qui devrait sous peu s’étoffer.

Une appli pour prendre les mesures

©patricia-mariniLes modèles sont dessinés à Paris par Louis Cardin, petit neveu de l’illustre couturier et diplômé de la prestigieuse école de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne. C’est lui qui choisit les plus beaux cuirs, chèvres velours, agneaux grainés venus d’Italie, vernis brillants ou satins de soie : des matières d’exception qui signent ses créations. Tout en privilégiant, quand c’est possible, le « Made in France », comme pour les doublures en contact avec la peau ou les talons. La cliente, elle, n’a plus besoin de se déplacer . Grâce à une application conçue à cet effet, il lui suffit de scanner chacun de ses pieds. « Il peut en effet y avoir jusqu’à deux tiers de pointure d’écart entre les deux », précise Franck Le Franc, qui se partage dorénavant entre le bureau d’études et l’atelier. De chez elle toujours, elle pianotera sur son clavier pour choisir le talon (5, 7 ou 9 cm), la matière, la couleur ou encore l’accessoire (strass, plumes, paillettes) du modèle qu’elle aura au préalable sélectionné. C’est Anaïs, la patronnière,  qui adaptera chaque patron aux mesures, grâce à un logiciel. À partir de là, une forme en bois correspondant à la morphologie de chaque pied est façonnée. Puis, le cuir est coupé et piqué. Enfin la tige (la partie qui recouvre le pied)  est montée sur la forme en bois, à la main ou à la machine, en fonction des modèles et des peausseries utilisées.

Strass Swarovski

©patricia-mariniCertains accessoires sont ajoutés manuellement, comme ces strass Swarovski collés un à un par Lisa sur un escarpin de mariée. Des mariées qui, dorénavant, grâce au sur-mesure, peuvent assortir leurs chaussures avec le tissu de leur robe. Chamberlan dispose d’ailleurs d’un show-room au rayon mariage du grand magasin parisien Le Printemps. Et « des projets de collaboration avec des créatrices de robe de mariée pour des modèles exclusifs devraient bientôt voir le jour », ajoute Sophie Engster. L’application de prise de mesure est opérationnelle depuis novembre. Dans les deux mois qui ont suivi sa mise en ligne, près de 50 paires ont été livrées. L’équipe de Nontron travaille à plein régime.

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