La zoologie

Article Publié dans Sud Ouest du 6 février 2021

Article Publié dans Sud Ouest du 6 février 2021

Sous la houlette de François et Hélène Touber, propriétaires d’un petit groupe hôtelier français, l’ancien Institut de zoologie de Bordeaux, situé sur l’ex îlot de Santé navale, est devenu un hôtel-restaurant haut de gamme. Tout en conservant les traces de son passé

Face à la place André-Meunier, proche de la gare Saint-Jean, deux lions montent la garde, de part et d’autre d’une haute porte en bois. Au-dessus, l’inscription gravée dans la pierre mentionne encore la faculté des sciences de l’Université de Bordeaux. Pourtant, les étudiants ont déserté depuis belle lurette les couloirs de cet ancien Institut de zoologie. Touristes, hommes d’affaires, couples et familles viennent désormais fouler les sols centenaires d’un hôtel quatre étoiles abritant un bar, un restaurant, un écailler et un spa. Il n’en demeure pas moins que c’est son histoire qui a séduit ses nouveaux propriétaires, François et Hélène Touber, déjà à la tête de cinq établissements de charme à Paris et à Sienne, en Italie.

Sorti de terre entre 1900 et 1903, l’édifice monumental réservé à l’enseignement des sciences est l’œuvre de l’architecte Ernest Lacombe, également à l’origine de la bibliothèque municipale Mably, de la Chambre de commerce ou encore des Nouvelles Galeries. À cette époque, la faculté de médecine de la place de la Victoire est achevée (son extension sera édifiée entre 1902 et 1922), et l’École de santé navale implantée dans le quartier depuis 1890. Le choix du site s’impose donc tout naturellement cours Saint-Jean (devenu cours de la Marne) pour cette faculté des sciences, dont le grand pignon à pan coupé et les dix travées principales logent un musée, de vastes salles de manipulation, deux amphithéâtres…

 

La volonté de poursuivre une histoire

© Crédit photo : Patricia Marini

« Avant d’être laissé en déshérence, l’édifice accueillait des bureaux [NDLR : ceux du rectorat] »

L’histoire du lieu, qui s’inscrit dans l’esprit des sciences de l’époque, fait écho à celle des Touber. Avant de se lancer dans l’hôtellerie, ils ont exercé comme ingénieur agronome et enseignante en sciences naturelles. D’où leur volonté de conserver autant que possible à l’édifice les traces de son passé, tout en l’ancrant dans notre époque. La pierre a retrouvé sa blancheur et les dimensions des ouvertures sont restées inchangées. Anatomie comparée à droite, zoologie à gauche… dans le vaste hall d’accueil, les inscriptions murales ont juste eu besoin d’un petit rafraîchissement pour revivre.

Au sol, les carreaux de grès sont d’origine, de même que l’escalier qui dessert les étages. Le bâtiment initial, en piteux état quand il a été cédé par Euratlantique, est dorénavant prolongé de deux nouvelles ailes, chacune dédiée à une discipline. Bois pour l’aile géologie, mur végétal pour la botanique : matériaux, teintes, décoration, tout est fait pour en reconstituer l’univers initial, jusque dans les 40 chambres. Certaines sont ornées de papiers peints panoramiques au décor végétal fabriqués en Gironde par l’entreprise Ananbô ; d’autres arborent une palette de couleurs inspirée par Le Corbusier ; quand d’autres, encore, mettent en valeur des éléments architecturaux jusqu’ici ignorés, comme les anciennes paillasses en calcaire des étudiants, transformées en bureaux. Au rez-de-chaussée, une enfilade de pièces lumineuses abrite le bar et le restaurant. Derrière l’élégant comptoir en marbre, les étagères alignent des pièces de collection sur le thème des sciences naturelles, à la manière d’un cabinet de curiosités. La cuisine où s’affaire l’équipe du chef Ronan Ozon s’ouvre sur une spacieuse salle. Ici, le mobilier, la vaisselle, les accessoires de décoration – des objets de créateurs pour la plupart – racontent une modernité tout en offrant une grande qualité d’exécution technique, un critère essentiel aux yeux des propriétaires. Rendue aux Bordelais, qui vont pouvoir venir s’y restaurer, siroter un cocktail ou profiter du spa, La Zoologie va désormais dérouler une nouvelle histoire.

« Faire cohabiter les éléments historiques et contemporains »

Pour chacun des cinq hôtels de leur groupe Hotelst, François et Hélène Touber se sont attachés à préserver l’existant et à mettre en lumière des éléments masqués par les usages ou par le temps. La Zoologie ne fait pas exception.

Dans quel état avez-vous trouvé cet ancien Institut de zoologie ?

François et Hélène Touber. Avant d’être laissé en déshérence, l’édifice accueillait des bureaux [NDLR : ceux du rectorat], une fonction qui, en général, banalise les locaux. De nombreuses cloisons séparaient les pièces, les murs étaient enduits, cachant la pierre, et les volumes et charpentes étaient masqués par des faux plafonds. La signalétique avait presque disparu. Nous avons également récupéré les sols et traité l’extérieur du bâtiment pour lui restituer sa façade d’origine, tout en gardant la porte d’entrée principale, historique, qui participe à cette harmonie. Cela représente un gros travail qui ne se voit pas. La difficulté est de faire cohabiter les éléments historiques avec une expression contemporaine, tout en faisant disparaître complètement les ajouts techniques nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement.

Comment l’avez-vous inscrit dans le présent ?

Nous avons repris l’organisation du bâtiment telle qu’elle figurait dans son plan initial de 1900. Ce projet envisageait par ailleurs la création d’une aile consacrée à la botanique. Si elle n’avait pas été réalisée à l’époque, nous l’avons construite sous forme d’un bâtiment faisant référence extérieurement à une grande serre de jardin public. Et nous avons poursuivi la logique des sciences naturelles en dédiant la deuxième aile contemporaine à la géologie.

Vous êtes des passionnés de parcs et forêts. Est-ce pour cette raison que vous avez souhaité y introduire un jardin ?

Dans un lieu dont la mission était le développement de la connaissance, il paraissait logique de montrer des espèces de plantes rares et originales, à la manière d’une collection botanique, sans que cela soit pesant. C’était également l’occasion de rendre hommage à l’histoire maritime de Bordeaux, dont le port a été le lieu d’arrivée d’expéditions lointaines, qui importaient notamment de nouveaux végétaux venus de contrées exotiques.

 

Pratique
Ouverture du restaurant et de l’hôtel en fonction des directives gouvernementales. Menu entrée, plat, dessert à partir de 25 €. Chambres à partir de 222 €. Hôtel La Zoologie, 151, cours de la Marne, 33800 Bordeaux. Tél. 05 33 06 99 17. 

© Archives Bordeaux Métropole©patricia-marini

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